Nous voyons régulièrement des architectes SI opposer TOGAF et ArchiMate, comme s’il fallait choisir. C’est une erreur de posture méthodologique : les deux ne répondent pas à la même question. Voici comment les articuler.
Le malentendu récurrent
TOGAF est un cadre de gouvernance et de méthode. Il décrit comment structurer une pratique EA dans une organisation : ADM (Architecture Development Method), gouvernance, capabilités, principes, artefacts.
ArchiMate est un langage de modélisation. Il fournit un vocabulaire visuel unifié pour représenter les composants de l’architecture (business, application, technologie) et leurs relations.
Confondre les deux, c’est comme opposer « méthode agile » et « diagramme de séquence ». Ce n’est pas de la même famille.
Ce que TOGAF apporte
TOGAF structure une démarche EA sur 4 dimensions.
1. La méthode ADM. Une boucle itérative en 8 phases (Vision, Business, IS, Technology, Opportunities, Migration, Governance, Change Management). Elle donne un fil conducteur reproductible entre projets.
2. La gouvernance. Le cadre décrit les instances (Architecture Board), les rôles, les revues et les cycles de décision. Utile quand une organisation professionnalise sa pratique EA.
3. Les principes. TOGAF pousse à formaliser les principes directeurs (business, data, application, technology). Ces principes servent d’arbitres quand deux projets divergent.
4. Le référentiel d’artefacts. Templates de livrables (Vision Document, Architecture Definition Document, Roadmap, etc.) qui accélèrent la production et harmonisent les rendus.
Ce qu’ArchiMate apporte
ArchiMate est un langage à trois couches (Business, Application, Technology) avec des extensions (Motivation, Strategy, Physical, Implementation & Migration).
Sa valeur : un vocabulaire commun entre architectes, DSI et parfois métier. Quand tout le monde nomme un « composant applicatif » de la même manière, les conversations gagnent en précision.
Ses cas d’usage typiques :
- Cartographier un SI existant (as-is) avec un niveau de détail choisi
- Représenter une trajectoire de transformation avec les vues Migration & Implementation
- Documenter les impacts d’un changement (matrice de traçabilité)
- Alimenter un outil EA (Enterprise Architect, ARIS, Ardoq, LeanIX, Mega)
Articuler les deux
Notre pratique OGESSI : TOGAF pilote, ArchiMate documente.
Concrètement :
- La méthode ADM structure le déroulement du cadrage EA (Vision → Business → IS → Technology → Roadmap)
- Chaque phase produit des artefacts, modélisés en ArchiMate
- La gouvernance TOGAF (Architecture Board) valide les livrables ArchiMate
Cette articulation évite deux pièges classiques.
- Faire du TOGAF sans langage : chaque architecte utilise son vocabulaire, la comparabilité se dégrade
- Faire de l’ArchiMate sans méthode : on produit de beaux diagrammes qui ne servent qu’à eux-mêmes
Quand se passer de l’un ou de l’autre
Il existe des contextes où l’un des deux suffit.
TOGAF sans ArchiMate. Convient à une petite structure qui débute sa pratique EA : la méthode ADM apporte 80% de la valeur, le langage peut attendre. Une modélisation avec des flowcharts simples suffit pour démarrer.
ArchiMate sans TOGAF. Convient à une équipe technique qui veut cartographier une plateforme (as-is + to-be) sans investir dans une pratique EA complète. Le langage seul apporte de la lisibilité, sans processus lourd.
Ce que nous conseillons
Pour une DSI qui structure sa pratique EA :
- Adoptez TOGAF comme squelette méthodologique, en démarrant sur 2-3 phases ADM prioritaires
- Formalisez 5-8 principes directeurs courts, opposables (pas 40 principes noyés dans un document)
- Adoptez ArchiMate progressivement, en commençant par la couche Business + Application
- Mettez en place un outil EA dès que le nombre de composants dépasse 50-100
- Formez les architectes en binômes : un en interne, un en accompagnement externe, pour éviter la dépendance
TOGAF et ArchiMate ne se choisissent pas. Ils se combinent. C’est cette combinaison, plus que l’un ou l’autre isolément, qui fait la différence sur une pratique EA mature.